LA NYMPHE
Je suis une nymphe, ô combien abîmée,
Créature fragile aux ailes déchirées,
Néréide, naïade, dryade, oréade,
J’erre ici-bas au gré d’un hasard fade,
Psalmodiant des myriades de plaintes amères.
Comme mes larmes salées ont nourri la mer !
L’eau des sources dénonce mon triste reflet :
Mon âme se révèle sombre telle la forêt.
Mes yeux se sont noyés, las de rêver
Et je n’ai que la nuit pour me guider
A travers les aiguilles de l’existence.
La chute est mon éternelle pénitence
Car je n’ai pas su porter les fardeaux
Qui m’affligent sans fin depuis le berceau.
Je crains ne jamais trouver le repos,
Pas même blottie dans mon étroit tombeau.
***
MAN(N)NE(S)
Il est un désert froid, obscur
Orné de crânes, espoirs déçus,
Au sol aride qui se fissure
Que lèchent d’insatiables sangsues…
Les spectres du passé y errent,
Ils ont soif et creusent sans relâche,
S’abreuvant du sang de leur mère
Qu’ils assassinent à coups de hache…
Rien ne panse les vieilles blessures
Brodées sur la surface de l’âme,
Refuge du tourment, de l’usure,
Nés sous le poids du vide infâme.
***
MURMURES PSYCHÉDÉLIQUES
Inexorablement sonne l’heure de te châtier,
Contemple ton reflet apocryphe qui paraît
Dans l’œil du miroir perverti et sans pitié,
Dénudant avec hâte tes vices en vain parés
De mille joyaux, de poudre aux yeux, d’un teint de nacre
Mais tes lèvres vermeilles ont trempé dans ton sang
Et tes parfums peinent à masquer ton odeur âcre.
Le remord t’assourdie de murmures incessants,
Ronge, en vermine, les restes de ton insouciance…
Sens le fouet de la honte meurtrir ta chair impure !
Ta langue à lapé l’amertume de la conscience :
S’y incruste à jamais un goût de pourriture.